Que comprendre des 100 euros d’augmentation sur le SMIC annoncés par le Président de la République ?

Dans son allocution, le Président de République a indiqué que « le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur ». Concrètement comment cela va-t-il se traduire ?

  1. Cela signifie-t-il que le SMIC va augmenter de 100 euros par mois ? Non. Il n’y aura aucune augmentation du SMIC, autre que celle qui est prévue par le code du travail et qui vise à revaloriser le SMIC avec la hausse des prix.
  2. Quels mécanismes le Gouvernement va-t-il utiliser pour « augmenter de 100 euros par mois le salaire d’un travailleur »? Il va passer par la prime d’activité. La prime d’activité a été créée par la précédente majorité sous le précédent quinquennat. Elle vise à donner un coup de pouce aux salariés qui ont des salaires peu élevés. Pour voir qui peut l’obtenir, il suffit d’aller sur ce site : https://wwwd.caf.fr/wps/portal/caffr/simulateurpa/

La carte ci-dessous montre la proportion de personnes qui perçoivent la prime d’activité (nombre de personnes qui perçoivent la prime d’activité dans un département divisé par la population du département). Plus le département apparaît en foncé, plus cette proportion est importante.

Source : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_d_evaluation_prime_d_activite.pdf

  1. Tous les salariés qui gagnent le SMIC perçoivent-ils la prime d’activité ? Non. La prime d’activité est accordée sous conditions de ressources. Comme la quasi-totalité des mécanismes fiscaux qui existent en France, c’est toujours le revenu du ménage qui est pris en compte pour déterminer les conditions de ressources. Ainsi, si une personne qui gagne le SMIC a un conjoint qui gagne plus, alors il y a des chances qu’elle ne soit pas éligible à la prime d’activité.

On estime que seulement entre 20% et 25% de personnes au SMIC perçoivent la prime d’activité.

  1. Les 100 euros de plus de prime d’activité sont-ils de l’argent nouveau ou du recyclage de mesures déjà accordées ?

A ce stade, le Gouvernement n’a donné aucune indication précise. Or nous savons bien qu’en la matière, le « diable se cache dans les détails ».

Voici ce que nous avons compris – à ce stade – sur la base des déclarations des différents membres du Gouvernement et de la majorité, qui parfois ont été contradictoires.

Le gouvernement a fait voter par sa majorité l’augmentation suivante de la prime d’activité pour une personne qui gagne le SMIC :

  • En 2019 : +30 euros par mois à partir du mois d’avril
  • En 2020 : + 20 euros par mois
  • En 2021 : + 20 euros par mois

A ce stade, les 100 euros se décomposeraient ainsi (la somme est légèrement supérieure à 100 euros ):

21,90 euros de baisses de cotisations sociales, déjà appliquées depuis le 1er janvier 2018)

 + 20 euros de hausse de prime d’activité (déjà appliqué depuis octobre 2018)

+ 30 euros d’augmentation de la prime d’activité déjà votée et prévue pour avril 2019

+ 30 euros qui représenteraient la « vraie » hausse nouvelle

Donc au final, il n’y aurait en réalité que 30 euros « d’argent nouveau »  pour 2019. Par ailleurs, rien ne dit à ce stade que ces 30 euros n’incluent pas les hausses annoncées pour les années 2020 et 2021 et qui pourraient être annulées.

  1. Au final, 3 questions importantes restent en suspens !!
  • Comment le Gouvernement va-t-il faire pour que toutes les personnes qui gagnent le SMIC perçoivent ces 100 euros de plus ? Aujourd’hui, il ne peut le faire que pour les personnes qui perçoivent déjà la prime d’activité, Or parmi les personnes qui gagnent le SMIC, seules 20 à 25% d’entre elles perçoivent la prime d’activité. Que va-t-il donc se passer pour les 75% à 80% des personnes au SMIC ?
  • A quoi correspondent exactement les 100 euros ? la décomposition ci-dessus montre qu’en fait l’annonce du Président de la République est trompeuse. Nous demandons au Gouvernement de nous donner son équation.
  • Que va-t-il se passer pour les personnes qui gagnent un peu plus que le SMIC ?

Malgré les annonces du Premier ministre, le compte n’y est pas : la hausse des taxes énergétiques représente l’équivalent de 738 euros en plus par habitant en moyenne sur la durée du quinquennat quand, en même temps, les 1% des Français les plus aisés reçoivent 71 000 euros de cadeaux fiscaux par bénéficiaire!

image1 (1)

Il aura fallu un mois pour que le gouvernement accède à la demande des députés socialistes et apparentés de mettre un moratoire sur la nouvelle hausse des taxes énergétiques prévue pour 2019. Et encore ce moratoire n’est-il que de 6 mois ! Mais mieux vaut cela que rien.

Si on regarde les chiffres, on comprend bien que les Français ne peuvent s’y retrouver. Avec ce moratoire de 6 mois, les hausses des taxes énergétiques continueront de représenter sur la durée du quinquennat 48 milliards d’euros de plus à payer (contre 55 milliards d’euros si le moratoire n’avait pas été décidé). Cela représente donc en moyenne et par habitant l’équivalent de 738 euros de taxes énergétiques à payer en plus sur la durée du quinquennat.

Dans le même temps, rien n’a bougé pour les 1% de Français les plus aisés qui continuent de bénéficier des 25 milliards d’euros de baisses d’impôt, soit l’équivalent de 71 000 euros par bénéficiaire concerné sur la durée du quinquennat.

Résultat des courses : malgré trois semaines de mobilisation des gilets jaunes, le gouvernement et sa majorité font tourner à plein régime la théorie du « en même temps » : sur le quinquennat, 738 euros de taxes énergétiques en plus en moyenne à faire payer par chaque habitant pour financer les 71 000 euros en moyenne de cadeaux fiscaux pour les 1% des Français les plus aisés.

Au vu de ces chiffres, on comprend bien que le compte n’y est pas.