Rencontre avec le Président de la République

Crédit photo : compte twitter Elysée

A l’occasion du « grand débat », le Président de la République a reçu les présidents des groupes parlementaires de l’assemblée nationale et du Sénat. Pour ma part, je l’ai rencontré le mardi 5 févier. L’entretien a duré 1h30, ce qui a permis d’aborder un grand nombre de sujets.

En résumé :

  • j’ai indiqué au Président de la République que le grand débat ne pouvait pas se conclure uniquement par un référendum sur les institutions. A titre de comparaison, j’ai cité l’exemple de 1968 où, en plus du référendum sur les institutions (d’ailleurs perdu), le Général de Gaulle avait engagé une négociation sociale avec le Grenelle. Il est à mes yeux crucial d’avoir une grande conférence sociale qui remette autour de la table tous les partenaires sociaux (les « corps intermédiaires ») écartés depuis 18 mois, alors même qu’ils jouent un rôle essentiel dans notre société.
  • Je suis revenue sur le rétablissement de l’ISF. Le Président de la République m’a répondu par une question : « la France allait-elle mieux avec l’ISF ? « .Je lui ai re-répondu par une question : « ira-t-elle mieux sans l’ISF, et avec le risque croissant d’une iniquité fiscale ? « . J’ai précisé par ailleurs que l’ISF n’avait pas empêché les plus gros patrimoines français d’être dans les standards européens (certes pas américains) en matière de détention de richesses. Ainsi les 10% des Français qui ont les plus gros patrimoines détiennent 54% de la richesse en France et les 1% les plus riches 22%, ce qui correspond à la moyenne européenne.
  • j’ai également abordé la question de la dégradation de la conjoncture économique en France qui aura inéluctablement des conséquences en 2019. Lorsque avec les députés et les sénateurs socialistes, nous avions construit nos 2 contre-budgets (celui de 2018 et celui de 2019), nous avions fixé 2 objectifs autour desquels bâtir nos propositions : réduire les inégalités et soutenir la reprise économique (en incluant la transformation énergétique). Le Gouvernement a choisi des options radicalement différentes. Résultat des courses :
    • la croissance économique est passée de 2,2% en 2017 à 1,5% en 2018. Or on sait que notre économie est en capacité de faire baisser le chômage quand la croissance économique dépasse les 2%.
    • les inégalités, sociales et territoriales, sont accentuées
  • Je suis revenue sur les inégalités territoriales provoquées par les mesures économiques et fiscales mises en œuvre par le Gouvernement. Ainsi, les « – » se concentrent sur les mêmes personnes, et symétriquement pour les « + ». Pour illustrer cela, j’ai pris l’exemple du Tarn-et-Garonne.
    • Nous comptons plus de retraités que la moyenne nationale. Donc l’impact de la hausse de la CSG des retraites nous affecte proportionnellement plus que les autres en terme de baisse du pouvoir d’achat
    • Nous n’avons quasiment pas de transports en commun, donc pour se déplacer il nous faut prendre la voiture ce qui fait que tout le monde a été concerné par la hausse des taxes énergétiques
    • Le pouvoir d’achat qui découlera de la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des Français sera moindre que dans les communes où le taux de taxe d’habitation est élevé (l’étude de l’OFCE en ce sens est éclairante : en moyenne la suppression de taxe d’habitation donnera 2 fois moins de pouvoir d’achat aux Tarn-et-Garonnais qu’aux Toulousains. Et en Tarn-et-Garonne ce pouvoir d’achat rendu ne compensera pas la baisse de pouvoir d’achat subie).
  • J’ai évoqué la nécessité d’avoir un vrai pilotage des investissements publics. Je lui ai cité l’exemple du projet d’éoliennes proposé par un investisseur privé dans deux communes du Tarn-et-Garonne, Castanet et Parisot. J’ai aussi abordé la nécessité d’avoir la ligne LGV Bordeaux Toulouse portée et défendue par la Présidente de région, Carole Delga : comment peut on imaginer une équité entre les territoires, en n’ayant pas une juste répartition des investissements en matières d’infrastructures ?
  • J’ai dénoncé la baisse drastique du nombre de créations d’emplois aidés qui fragilise les associations et les petites communes, en indiquant que sur le terrain personne ne pouvait comprendre que « le gouvernement préfère payer le chômage des personnes qui ont perdu leur emploi du fait de la quasi disparition des emplois aidés, plutôt qu’aider financièrement les petites communes et les associations pour des contrats aidés ». J’ai rappelé au Président de la République que la maillage territorial, qu’il soit porté par les associations ou les communes, constitue un levier essentiel pour assurer la cohésion nationale. Sans ce levier, cette cohésion est fragilisée, et c’est bien ce que nous voyons aujourd’hui. Par ailleurs, l’engagement des bénévoles associatifs ou des élus (qui la plupart sont des bénévoles au sens où ils ne perçoivent pas d’indemnité) doit être soutenu au plus haut niveau de l’État.
  • Enfin, nous avons également parlé du RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne demandé par les gilets jaunes), de la situation européenne et la vision qu’ont de nous un certain nombre de nos partenaires européens, de la conjoncture économique mondiale, des absurdités qui affectent la vie des maires des petites communes (appel d’offre dématérialisé au-dessus de 25 000€, compétences des communautés de communes, etc)

 

Non aux fermetures de classes

 

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Lors de son discours devant le Sénat à l’occasion de la conférence nationale des territoires le 18 juillet 2017, le Président de la République a déclaré que « les territoires en particulier les plus ruraux ne peuvent plus être la variable d’ajustement d’économie », ajoutant qu’« il n’y aura plus de fermetures de classes dans les écoles primaires ».

20 mois plus tard, force est de constater que cette promesse n’a pas été tenue. En Tarn-et-Garonne, plusieurs suppressions de classes sont ainsi annoncées pour la prochaine rentrée scolaire : Caussade, Monclar-de-Quercy, Varen… J’y suis fermement opposée.

Ces fermetures découlent de deux évolutions :

  1. Le dédoublement des classes de CP et CE1 en zones d’éducation prioritaire (REP). Ce dédoublement est une bonne chose. Mais comme le Gouvernement n’a pas créé assez de postes, il a fait le choix de ponctionner les écoles des territoires ruraux afin de libérer des postes pour mettre en œuvre cette mesure, ce que je déplore.
  2. Des créations de postes en forte baisse. Pour rappel, entre 2012 et 2017, il y a eu 69 créations de postes dans les écoles de Tarn-et-Garonne, soit une moyenne de près de 14 créations de postes par an. Depuis 2017, ces créations de postes ont très fortement ralenti : 2 en 2018 et seulement 1 poste supplémentaire à venir à la rentrée 2019, alors qu’il va y avoir 15 nouveaux dédoublements de classes en CE1.

Si elles étaient actées, ces fermetures de classes seraient extrêmement préjudiciables pour la qualité et la dynamique de l’enseignement dans nos communes rurales.

C’est pourquoi je m’oppose fermement aux fermetures envisagées. C’est ce que j’ai indiqué au Président de la République que j’ai rencontré mardi 5 février et c’est également ce que je redirai à Monsieur l’Inspecteur d’académie que je rencontre vendredi 8 février.

Enfin, à l’occasion du projet de loi Blanquer sur l’école qui sera étudié à l’Assemblée nationale à partir du 11 février, j’ai déposé une proposition pour que soit inscrite dans la loi la garantie de maintien des classes dans les territoires ruraux.

Quel sort réservé aux propositions de loi des députés socialistes et apparentés ? De petites avancées, et des occasions ratées

Ce jeudi 31 janvier, nous avons débattu à l’Assemblée nationale des propositions de loi du groupe Socialistes et apparentés. Celles-ci portaient sur des sujets pour lesquels nous pensions qu’un consensus pouvait être obtenu (nous avions par exemple évité les sujets sur lesquels nous savions que la majorité émettrait une fin de non recevoir).

Concernant la proposition de loi visant à expérimenter le revenu de base dans 18 départements, elle n’a pas été votée. Mais elle a ouvert des voies :

  • D’abord, parce que c’est la première fois que l’Assemblée nationale examinait une proposition de loi initiée et travaillée par des départements ;
  • Elle n’a pas été votée mais l’écart des votes sur la motion de rejet portée par la majorité est beaucoup plus resserré que prévu : 49 voix à 64. Hormis la majorité En Marche et son allié du Modem, tous les groupes parlementaires souhaitaient permettre aux collectivités territoriales d’expérimenter le revenu de base. Ce n’était pourtant pas acquis à l’avance. Cette convergence des groupes n’appartenant pas à la majorité suscite une forme d’espoir qui devra être concrétisé et amplifié au Sénat.

Concernant l’école inclusive, la majorité avait la possibilité de permettre de grandes avancées en direction de la scolarisation des enfants en situation de handicap. Elle a préféré faire des petits pas :

  • Nous proposions que l’affectation d’un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) soit garantie aux parents au moins 45 jours avant la rentrée scolaire. La majorité a supprimé cette mesure, préférant mettre en place un entretien entre les parents de l’élève, l’enseignant et l’accompagnant au moment de sa prise de fonction.
  • Nous proposions que les AESH soient recrutés directement en CDI. La majorité a préféré proposer un CDD de trois ans renouvelable une fois avant de pouvoir obtenir un CDI.

Il y a donc eu quelques avancées. Elles sont petites. Très petites par rapport à ce que nous avions proposé qui n’était pas démesuré et qui aurait permis à la majorité d’en sortir grandie.

Alors que la majorité veut un grand débat avec les Français, elle s’est contentée d’un petit débat. Certes avec des avancées. Mais de petites avancées.

Nous craignons donc que les espoirs et les attentes que le gouvernement a fait naître auprès des Français avec son grand débat ne soient déçus. Et en politique, il n’est rien de pire que des espoirs déçus.